Mon nom est « Personne » ou « Néant », comme mon maître Ozu Yasujiro,
Dans mon job, je suis connu exclusivement par ceux qui me côtoient journellemment, dans mon équipe, nous avons tous acquis, sans exception, une expérience internationale, c’est notre « occupation » qui l’exige, impossible de se défiler.
Mon surblaze, c’est Nobody, en français, ça devient: »Personne », je vous propose une promenade dans les pages de mes souvenirs, aujourd’hui, il n’y a plus de pétard, vous pouvez lire tranquilos, bande de naves, tous ces faits sont prescrits, vous pouvez dormir sur vos deux oreilles, ou une seule comme l’ami van Gogh.
On va faire les promenades dans la langue de Molière, rectifié Voltaire, deux chefs de chez chef, avec des gonades mahousses, comme les taureaux de combat, réputés pour leurs slips Kangourou, pratiques et à la fois indestructibles, leur choix se tourne obligatoirement vers le modèle 1962, dit: pousse toi de là que je m’y mette, super renforcé nylon, les autres modèles ne résistent pas aux sollicitations répétées et variées de notre belle occupation « légèrement » classée underground.
Je suis un agent spécial recruté pour des missions hyper secrètes à vocation non divulgable aux gaziers, qui lisent les journaux, même pas, ils ne lisent plus, ils regardent la télé, vautrés dans un fauteuil, un pack de bières à portée de main, sans avoir la volonté d’appliquer le sage conseil : Bougez, éliminez, ils deviennent des légumes avant l’âge.
Leur fauteuil est devenu une véritable résidence secondaire, ils s’y traînent, style pondeuse chez les abeilles, les yeux rivés sur la boite à bêtise, la plupart d’entre eux, ne savent plus lire depuis longtemps, d’ailleurs, ils s’en tapent, dame nature a bien fait les choses, nul ne souffre de ce qu’il ignore.
L’ANPE, connaît mon nom, l’agence de mon quartier tremble quand celui-ci vient sur le tapis, tout le personnel a failli devenir barge, en essayant de me caser auprès d’un employeur quelconque, la mauvaise volonté évidente, dont j’ai fait la démonstration en permanence, attitude, qui me poussait à ne pas accepter les boulots de merde qui m’étaient proposés, genres d’occupations répétitives et stupides, qui te font regretter le temps qui passe, morne, plat comme un désert, sans excitation, sans adrénaline, une vie sans intérêt, qui ne mérite même pas le nom, qu’on veut bien lui conférer.
Il vaut mieux vivre trente ans comme un lion, que quatre vingt dix piges comme un con, ceux qui admettent ce principe de base, ne regrettent rien, ou pas grand chose, nous allons tous vers la fin d’un parcours, qui peut être chiant ou passionnant, c’est selon.
Le personnel de cette agence, au bord du désespoir, de la crise de nerf générale dans leurs bureaux, tous ces ronds de cuir, en avait assez de mater ma tronche dans leurs locaux.
Afin d’éviter une vague de suicides collectifs, qui feraient tache sur leur lieu de travail, le directeur, a fait parvenir en douce mon dossier complet, au personnage éminent qui est à la tête de services très secrets, place Beauvau, endroit ou se trouve l’outil privilégié des chefs d’états et de leurs sous-fifres, oui, oui ! C’est vrai ! Si vous ne le croyez pas, changer de site ! Ici, en ces lieux, c’est moi qui mène la danse ! Je roule pour méziguos, je n’ingurgite pas goulûment du porridge ou de la Blédine dès potron minet, en faisant une grosse bise sonore à mon épouse, qui reste bien au chaud dans le lit conjugal, pendant que son mari s’en va au charbon en sifflotant le « pont de la rivière K-way », cette existence là, non merci!
Ne me demandez pas de vous décrire la tronche du directeur, malgré une journée entièrement consacrée à des face à face, un défilé de gusses plus ou moins sympathiques, aucun d’entre eux n’a daigné décliner son blaze, ils cultivent tous le virus de l’ultra secret, du dissimulé d’office, ils tournent leur langue dans les baveuses, ils pèsent leurs mots avec une balance de laboratoire, ils ne les crachent qu’une fois triés, si tu serres une louche, tu n’es pas certain de récupérer tout tes doigts, parfois, au retour, ya pas le compte, ahhhh, les chacals !
Le directeur/ministre, je connais son blaze, interdiction formelle de dire un seul mot à ce sujet, pas même d’esquisser un soupir sous le pont du même nom, vous savez bien, celui de la prison des plombs à Venise, ahhh Venise, mais ça c’est une autre histoire.
Si tu bavardes tu te retrouves noyé jusqu’à l’os dans une mare de la forêt de Rambouillet, ou ailleurs, ce n’est pas encore mon heure, comme dit monsieur Nespresso, je tiens à mes osselets, je me tiens à carreau.
Le grand manitou m’a conféré carte blanche de chez blanche, de chez Omo, j’ai le loisir de choisir mes équipiers, le budget très confortable qui m’est attribué, ne figure dans aucun registre de comptabilité, nos blazes n’apparaissent nulle part, en cas de malchance, aucun d’entre nous ne sera inhumé au Père Lachaise, c’est clair, on se retrouvera chez les têtes en os, en vrac, et incognito.
Depuis deux jours je pense à constituer mon équipe, pour ce faire, j’ai contacté mon pote Jack Lewis, un type, qui pourrait être mon frère jumeau, il vit aux states, un mec très capable, nous avons baroudé ensembles à plusieurs reprises, nous nous connaissons comme la doublure de nos caleçons réciproques, ce mec est fiable, tu peux compter sur lui en toutes circonstances, jamais il ne songe à s’enfuir pour aller se cacher dans les jupes de grand maman, de plus, il est bourré de talents divers, il est exceptionnel en presque tout, explosifs, armes diverses, poisons genre Borgia, close combat, très difficile à coller au sol, même à la bataille ou au poker menteur.
Un peu plus loin, je vous présenterai par le menu mes compagnons, une équipe, constituée avec soin, des gus triés sur le volet, choisis pour ce boulot, selon leurs aptitudes et leurs spécialités diverses, nous avons tous un point en commun, nous ne descendons pas du singe, nous descendons plutôt de l’homme.
Nous sommes douze en tout, mézigue, Jack, tout d’abord les français : René dit Nénesse, Henri dit Riton, deux mecs de la Butte aux cailles, Pierre, dit Pierrot le violoneux, puis deux mexicains : Pedro, dit le Matador, Juan-Luis, dit la boutonnière, deux sont du pays des spaghettis : Luciano, dit poire d’angoisse, Claudio, dit frappe en sourdine, sans oublier notre gente féminine, deux vietnamiennes : Deux sœurs, et jumelles qui plus est, Anh Thu et Bao Tho, frêles en apparence, plus dangereuses qu’un cobra royal privé de souris pendant six mois, faux culs, vraies jumelles, ces deux nanas sont bourrées de talents divers, leurs prestations se terminent régulièrement très mal pour leurs interlocuteurs.
Les gaziers ont été un peu surpris de m’entendre leur dire que nous récitions une prière avant de quitter la base, à la manière de Madonna avant son spectacle.
Comme vous êtes dotés d’une bonne tronche, je vais vous en écrire le texte, vous n’aurez pas à l’apprendre, la probabilité que nous nous retrouvions dans le même bateau est infime, voire inexistante, un peu comme ramasser le gros lot au Loto, quand on ne joue pas :
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Notre Père qui n’êtes pas aux cieux, (version baroudeur.)
Notre père, qui êtes peut être planqué la haut dans les cumulus et les nimbus,
Si ça serait un effet de votre magnanimité, si ce n’est pas trop vous demander,
Voulez vous faire en sorte que nous conservions l’usage normal de notre trachée,
Empêcher le destin de nous faire le sourire kabyle, d’une oreille à l’autre,
S’il vous plaît, protégez nos petites roubignoles, auxquelles nous tenons,
Si nous devons y laisser notre peau, ne soyez pas sadique,
Ne nous faites pas traîner dans un cul de basse fosse, ou un égout nauséabond,
Ne nous oubliez pas dans une rizière, garnie de bambous taillés en pointe,
Débrouillez-vous au mieux, afin que nous puissions revoir la Normandie,
Reluquer à nouveau nos femmes, nos enfants, en incluant les illégitimes,
Ne nous abandonnez pas dans un coinstaud loquedu, naze, désertique,
Ou les corbeaux passent avec une musette, la larme aux chasses,
Que ta volonté soit faite, amène ta paye avec la notre,
ça fera une bonne quinzaine, nous pourrons partir ensemble,
Pour le Walhalla, ou claquer les brouzoufs sur les tapis verts de Las Vegas.
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Après avoir consciencieusement écouté la prière, ils m’ont retapissé, avec des yeux dans lesquels se lisait un doute qui grandissait comme un cour de bourse, un jour de folie, comme si cette demande émanait d’un mec tout juste bon, pour le genre de camisole que l’on vous fourni chez Henri Rousselle, vous savez, la bas, rue Cabanis, à l’instant même ou vous signez le bail à durée indéterminée.
J’attends au bar de l’aérodrome privé de Toussus, le coucou, une gamelle digne de Mermoz, biplace, monomoteur, doit me conduire vers un autre aéroport plus important, désolé, impossible de vous dire lequel, on vient de m’y emmener les yeux bandés, il s’agit d’un endroit moderne, pourvu d’un véritable tarmac, les aéronefs sont tous militaires ou déguisés comac, ils ont une allure plus engageante que celui que je viens de quitter dans lequel j’avais les genoux qui se cognaient contre mon menton, ni vu ni connu je t’embrouille ! Ils semble que ces aéronefs soient pourvus de réacteurs dont l’antériorité ne remonte pas forcément à la guerre des Boers.
J’ai pris connaissance de ma mission secrète, à vous, les zyeuteurs, posés sur vos petites miches de sédentaires, vous, figés devant l’écran de votre pc, je peux vous faire la confidence, notre destination est l’Afghanistan, on va se balader du côté de Kaboul, Kandahar, Machhad, Herat et surtout Peshawar, Peshawar, est notre base « refuge », une espèce de point de chute, c’est l’endroit choisi, afin de pouvoir respirer un peu plus à l’aise, sans que le plomb chaud ou pire, se mette à virevolter trop près de nos caboches, compte tenu de sa proximité avec l’Afghanistan, nous pouvons aller et venir, pas tout à fait à notre gré, mais presque.
Cette ville ne m’est pas étrangère, j’ai eu l’occasion d’user plusieurs paires de rangers sur les trottoirs pourris de cette charmante cité, cité ou après le couvre feu, on a intérêt à veiller à ne pas se faire émasculer, ou se retrouver avec le « sourire kabyle », une gâterie, qui va d’une oreille à l’autre, un sourire définitif, dans toute l’acception du terme.
Bien entendu, nous avons tous revêtu des costumes locaux, parfois, c’est selon, nous devons nous colorer les mains et le visage, Anh Thu et Bao Tho, n’ont pas recours au maquillage, elle portent un voile si cela s’avère nécessaire.
Je vais aller me manger du Pachtoune du côté des monts Suleyman, la bas, les Talibans sont toujours un peu énervés, un mot de trop, et hop! Tu te retrouves avec tes glaouis façonnées pendentif décoratif autour de ton cou, achtung minen !
Nous sommes arrivés ce matin très tôt à l’aéroport de Kaboul, les regards qui se posent sur nous, ne sont pas franchement amicaux, pas de problème, la soupe à la grimace, est devenue une habitude, elle est partie inhérente de notre inconscient collectif.
Nous sommes une équipe de douze gaziers, hommes ou femmes, chacun d’entre eux maîtrise une spécialité bien précise.
Ces gus là, je ne les connais pas, jamais vus, c’est Lewis qui à choisi soigneusement chacun des membres de cette équipe, Lewis je le connais bien, quand il choisi un gus, c’est qu’il convient pour le boulot que j’ai à faire, Lewis est une vraie mine d’or en ce qui concerne le choix des participants, hommes ou femmes, il est le roi du « casting » tous les rôles sont distribués avec la précision d’un chronomètre poinçonné à Genève.
A l’exception de Lewis et moi, les autres ne connaissent pas les détails de la mission, cette mesure de sécurité est indispensable, dans cette région, on découpe facilement tout ce qui n’est pas du cru en tranches, menu,menu, je tiens à garder ma peau sur les endosses, et ce, le plus longtemps possible, par ici le terrain n’est pas stable, tu marches tranquille, et hop! Tu te retrouve éparpillé chez Dieu le père ou le fils, ou suis-je ? Tu es chez les têtes en os eh banane ! Un endroit qui n’a pas d’adresse précise, personne n’en est revenu pour confirmer ou cet endroit se trouve, on imagine, on suppose, rien de précis, on peut se faire des idées fausses.
Vous, blottis bien au chaud dans vos édredons et autres coussins, vous croyez vivre, en fait, votre vie est ennuyeuse et vaine, vous serez tout ridés avant d’avoir pu vous faire rigoler les cuisses.
Même si je me ramasse une bastos, mon existence aura été plus rigolote que la votre, vous êtes morts depuis longtemps, le problème, c’est que vous ne le savez pas, vous prenez votre panard en envoyant vos feuilles d’impôts à ceux qui vous font suer le burnous, un genre d’esclaves influencés par une génétique défaillante..
Nous arrivons tout près de la baraque que Lewis a réussi à dégoter, une espèce de truc en bois, sur pilotis, nous avons intérêt à nous en souvenir le matin au réveil, sinon, c’est la marche gigantesque, le saut de l’ange mahousse, le nez planté dans cette terre ingrate, ou se mêlent la glaise et les cailloux.
Cette maison est pourvue du style local, c’est à dire un confort est inexistant, nous allons camper, mais en moins bien, je n’ai pas envie de vous décrire cet endroit, vous pourriez mourir de rire, vous faire éclater la rate ou un organe encore plus utile, ce lieu est au dessous de toute description possible, et pis c’est tout!
La maison se trouve en plein centre de Peshawar, nous devons planquer dans cette turne trois ou quatre jours, demain, j’ai rendez vous avec un Pachtoune, un prénommé Alasin, il est répertorié comme étant cool, il confectionne des burqas sur mesures, sa clientèle est nombreuse et très classe, un job en or, les burqas ça se fourgue comme des petits pains, un vêtement indémodable, souvent obligatoire, les Fous de Dieu, ont des manières très spéciales pour convaincre les nanas de se plier à cette mode.
Les nanas des mecs les plus riches, ont droit à une collection de burqa brodées noir sur noir, c’est chic, et ça ne se remarque pas, un peu à la manière d’une signature discrète, presque invisible.
Les plus luxueuses, sont coupées dans de la flanelle anglaise, importée directement de chez les Roast-beef, Savile Row de London, s’il vous plaît, si ça ne vous plaît pas c’est du kif au même, dans le coinstaud, on a intérêt à ne pas attirer l’attention des susdits fous d’Allah, ils ont le réflexe gâchette meurtrière au possible, ils manipulent les détonateurs comme des stylos à bille, ils rêvent de C4, ou pire, nous espérons tous, qu’ils n’auront jamais à leur disposition de pétard plus gros, genre, je te désintègre, je te pulvérise, en un mot, je t’atomise en particules très élémentaires, de cette façon tu es prêt pour rejoindre les poussières universelles, attention aux trous noirs, une aspiration démentielle, brrrrrrr !
Peshawar a bien changé, j’y ai séjourné bien avant le transfert forcé qui s’est opéré dans la douleur, je veux parler des musulmans qui ont du quitter l’Inde, chassés comme des malpropres, ceux qui sont arrivés vivants, sans avoir perdu quelques membres de leur famille, ceux là, peuvent considérer que le destin les a pas trop arnaqués.
Impossible de se mettre dans la caboche d’un musulman, ce sont des personnes très fatalistes, ils encaissent les coups du sort de manière très différente comparés aux occidentaux, pourtant les mamans, celles qui perdent leurs enfants au cours de « règlements de comptes », arbitraires, odieux, elles, ces mères, encaissent le chagrin en pleine poire, les mères, sont toujours des mères.
Alasin doit me briffer à propos d’un autre trou à rats un peu plus discret que nous allons occuper après celui la, nous y seront un peu plus en sécurité, façon de parler, ici, ça pète dans les endroits et aux moments les plus inattendus, les caisses de tous les modèles volent en l’air comme des oiseaux effarouchés, nous avons affaire à des gaziers qui ne tiennent pas plus que ça à l’existence, ils manipulent les explosifs comme des chefs ! Ce sont des rois de la nitro, du C4, ils bricolent, ils inventent, ils appliquent des astuces transmises gentiment par le fameux téléphone arabe. Le principal danger, c’est qu’ils sont persuadés qu’un paradis les attend ailleurs, ils l’espèrent, la bas, de l’autre côté de notre enfer journalier.
De surcroît, nos tronches ne font pas vraiment couleur locale, on peut nous repérer comme une mouche dans un verre de lait, nous n’avons pas trop le temps de mettre nos complexions à niveau, les bains de soleil, c’est pour plus tard.
Riton et ma pomme, sommes allés honorer le rencart avec Alasin, un grand type grand, mince, sympathique, habillé couleur locale comme il se doit, nous aussi, nous avons fait un effort vestimentaire, de cette manière, pour nous retapisser c’est un peu plus long, cela peut nous concéder le temps qu’il faut pour saisir les Uzis planqué sous nos djellabas. Anh Thu, reste au volant, elle nous attendra sagement. Alasin est un homme de grande taille, mince, la quarantaine, il n’a pas vraiment l’attitude d’un type 100% tranquille, il y a de quoi, nous sommes dans un endroit isolé, difficile d’appeler au secours, seules les chèvres, et quelques charognards affamés, pourraient nous venir en aide.
Alasin, me tend un papier sur lequel il a inscrit l’endroit de notre nouvelle résidence comme convenu, nous avons intérêt à faire fissa, le coin est très malsain, nous n’avons pas échangé un seul mot, les circonstances ne prévoient pas le temps de latence accordé pour une discussion, ici, nos miches sont vraiment en danger.
A la seconde ou je saisis le papier, un coup de feu claque, Alasin s’écroule, il est touché à la tête, le sniper ne prend pas de risque, il envoie du projectile explosif de gros calibre, Riton et moi, sommes bariolés, le sang d’Alasin a décoré nos vêtements, pas beau à voir, inutile de vérifier s’il n’est que blessé, il est plus mort que mort, Alasin n’aura plus jamais mal aux quenottes, le projectile du sniper a emporté la moitié de son crane.
Tout en courant, je fourre le papier dans ma poche, nous allons retrouver Anh Thu qui nous attend au volant du quatre-quatre nippon, une caisse passe partout, qui nous fait l’honneur de nous propulser dans des artères, qui n’ont jamais connu la moindre trace de goudron, trouées comme un gruyère suisse.
Anh Thu, à gagné de haute lutte le surnom de Fangio, et ce, dès qu’elle a eu un volant dans les mimines, elle se faufile dans des rues qui n’en sont pas vraiment, il faut avoir un œil infaillible, pour choisir une trajectoire dans ce fatras, ce dédale, de chemin poussiéreux, le Toyota fait des merveilles, hier, nous avons installé des vitres blindées, ça nous protège un tant soi peu du plomb chaud que les gens d’ici ont la propension de nous faire parvenir sans préavis.
Anh Thu, signifie héroïne, dans le patois qui a cours chez elle, la bas au Viet Nam, ses parents, ils ont bien choisi son prénom, elle est toute menue, elle semble perdue dans son siège, ses deux nattes sont ballotées d’un côté à l’autre, pourtant, elle ne commet pas la moindre erreur d’estimation de trajectoire, ici, pas le choix, ou tu passes avec un pilote doué, ou tu te retrouves ad patres.
La camarde, ne nous effraye pas les uns et les autres, reste seulement les regrets de ne plus avoir connaissance de ce que vous tous allez devenir, l’idée de ne plus voir vos tronches de cake, est attristante.
Anh Thu au volant de cette relique de chez Nippons and Co, ne se sent plus, elle doit s’imaginer au volant d’une formule 1, nous empruntons des artères de tous calibres, aucune d’entre elles ne possède la moindre plaque en arabe ou anglais, rien de chez rien, nous fonctionnons à la boussole, manière Vasco da Gamma, lui, il cherchait quelque chose, nous trois, nous cherchons la sortie de ce merdier.
Anh Thu s’affale la tête la première su le volant, j’attrape le frein à main, je le serre autant que faire se peut, Anh Thu a levé le pied de l’accélérateur, la caisse s’arrête, je la dirige vers le côté droit du chemin, nous sommes en pleine ville et en plein merdier. Je mate vite fait autour de nous, rien, pour le moment, pas de danger immédiat, personne aux fenêtres, il faut que l’on se tire d’ici et en vitesse. Anh Thu est sans connaissance, je la passe en revue, elle a pris une bastos dans le gras du biceps gauche, ça saigne à tout va, je chope un foulard, je lui bricole un garrot, doucement, avec l’aide de Riton, nous l’installons le plus commodément possible sur le siège arrière, la vitre de gauche n’existe plus, envolée ! Aaaah les malfaisants ! Ils s’équipent avec des produits de première bourre, souvent des trucs que nous n’avons jamais vus, le top de chez top. Le projectile qui a atteint Anh Thu, est du genre explosif, enfin, à quelque chose malheur est bon, c’est la vitre blindée qui à fait office de fusible, la vitre a eu un effet protecteur, elle est pulvérisée, le bras d’Anh Thu n’est pas trop réduit en bouillie.
Riton prend le manche, nous repartons dare dare, sans consulter le service des renseignements pour baroudeurs.
Nous arrivons sans autre incident à la turne, nous transportons Anh Thu à l’étage, les gars sont contrariés de constater que Anh Thu a morflé, sa sœur reste auprès d’elle, Lewis et ma pomme allons ramener vite fait les trousses qui sont encore dans nos cantines au ré de chaussée, Lewis et moi, avons déjà rafistolé quelques gusses, bon, rien à voir avec le docteur Barnard, mais on en a sauvé plus d’un. Nous ne faisons pas de longs discours, je tiens beaucoup à ces deux nanas, nous avons d’ores et déjà un paquet de souvenirs en commun, elles m’ont sorti de situations pas possibles, ces deux jumelles sont une référence en ce qui concerne le courage, du Blanc-Bleu, classe G. Je rassure gentiment sa frangine, Bao Tho, cette attention n’est pas vraiment nécessaire, tous les équipiers présents, sont plus solide que le Pont Neuf, questions nerfs, ils en remontreraient à un fakir Birman ayant quarante ans de métier. Anh Thu est rafistolée, elle se porte presque comme un charme, il faut dire que Lewis et moi, nous formons une équipe qui pourrait faire du tort au Pr Benzé, une très grande pointure de l’hôpital Broussais, surtout ne lui dites rien, il pourrait s’inquiéter pour l’avenir de sa clientèle.
Ne vous pointez pas non plus à l’adresse de cet hôpital, il a été transformé en souvenir depuis plusieurs années, si vous souhaitez rencontrer ceux qui sont encore attelés au taf, il vous faudra allez visiter le nouveau fleuron de l’A.P. française, le centre hospitalier Georges Pompidou, il crèche dans le coinstaud du quai de Javel, à l’emplacement des anciennes usines du père Citroën, un chef, papa André, un vrai!
Je remercie mon ange gardien, quoi ? Vous n’y croyez pas ? Normal, vous n’en avez peut pas un efficace comme le mien qui veille sur moi depuis belle lurette, il m’a sorti de tous les traquenards, tous les coups tordus de mon existence, quand le fil est coupé, en douce, il en rajoute un peu, merci mon ange, t’es un vrai pote !
Ce matin, mes pensées vont vers Anh Thu, elle est là, allongée, elle se remet, elle se repose, je ressens une grande satisfaction à l’idée qu’elle ait pu échapper au destin qui vient frapper à notre porte de temps à autres, plus souvent qu’au cours d’une vie, disons plus pépère, mais voilà, la routine, l’ennui, la banalité, nous n’en voulons pas, Anh Thu et sa sœur, sont nos semblables, nous nous reconnaissons, les individus qui prennent certains risques, sont dotés d’une lueur particulière, indéfinissable, qui éclaire leur regard.
Hier, j’ai retapissé le bout de papelard qu’Alasin a eu le temps de me remettre, je connais la nouvelle adresse, en regardant la carte, rien ne confirme que nous serons plus en sureté dans cette maison.
Je décide quitter le lieu ou nous sommes, demain dès l’aube, nous plierons les gaules vite fait bien fait, je dois laisser un peu de répit à Anh Thu, les circonstances ne m’en autorisent pas davantage, impossible de rester plus longtemps dans cet endroit, qui est devenu très malsain pour notre santé, et notre avenir.
Aujourd’hui, nous avons passé la matinée à prendre les mesures de notre nouvelle crèche, c’est vaste, assez délabré, pas encore assez pour que nous prenions le toit sur la tronche, cette demeure, dont la date de construction est indéfinissable, possède un ré de chaussée, et deux étages, le confort est rudimentaire, mais ça, ce n’est qu’un détail, cette maison, est située dans un cul de sac, elle vient fermer celui-ci en son extrémité, du côté cour, il ne peut rien se passer de surprenant, à moins de nous attaquer à l’aide de matériel plus que dissuasif, genre grosse Berta.
Riton me fait un signe, ah oui, il faut que je vous dise, entre nous, nous avons rarement de longues conversations philosophiques, quand nous sommes en opération à l’extérieur, nous devons communiquer par signes, un peu à la manière des sourds-muets, c’est une habitude essentielle, nous l’utilisons ici, même à l’intérieur, comme ça, sans réfléchir; Donc, disais-je, Riton, me fait signe de le suivre, il se dirige vers le sous-sol de la cahute, je lui emboite le pas.
Arrivés dans cette espèce de caverne d’Ali Baba, un spectacle inattendu s’offre à mes yeux, au milieu de cet endroit, trône une grande table massive, sur laquelle sont fixés des bracelets métalliques, cette table est couverte de sang séché, pas très ragoutant.
Riton dirige la lampe vers les murs, tout autour de cet endroit des chaines, combinées avec des bracelets métalliques pendent au mur, à hauteur d’homme, les interrogatoires pratiqués dans cette turne, ne devaient pas être vraiment en conformité avec les conventions de Genève.
Un peu partout, trainent des ustensiles, des objets divers, dont je ne tiens pas du tout à vous en faire la description, ils sont plutôt du genre moyennageux, des trucs à vous faire pousser la chansonnette en si bémol, et même dans toutes les autres tonalités!
Cet endroit fait songer au sieur Henri Lafont, une espèce de boucher rue Lauriston, son sous sol à lui, était sponsorisé par la gestapo française.
De plus monsieur, faisait dans la photographie d’art et décès, j’ai eu l’occasion de voir quelques unes de ses oeuvres, elles sont vraiment insoutenables, quelque soit votre parcours, et la solidité héréditaire de vos tripes.
La vision de ce sous-sol style Barbe Bleue, nous ramnène Riton et moi, aux dures réalités de l’existence, particulièrement dans notre job, dans le quel parfois, nous avons à peine le temps de faire la connaissance d’un gazier sympathique, le temps de lui tendre la main, le voilà déjà définitivement ailleurs, comme pour notre contact Alazin, paix à son âme, inchallah, maktoub, et toutes ces sortes de choses..
Nous concluons, que dans ce sous-bassement, sombre, inamical et malodotrant, on a quelque peu chauffé les ripatons et même plus, à des gaziers qui ont eu la malchance de se faire prendre aux pattes, par des malfaisants brutaux, qui visiblement, en sont restés à des pratiques contestées par les conventions de Génève. Les européens en ont bel et bien fait fi, lors du conflit WWII, le moustachu, s’est assis royalement dessus.
Je décide d’avoir un entretien privé, les yeux dans les yeux avec Bao Tho, je lui demande si elle accepté de se propager en direction d’un autre androit dont je possède l’adresse, Alazin, nous en a indiqué trois sur le bout de papier qu’il a tout juste eu le temps de me donner.
Cet endroit ne m’inspire pas, il n’offre qu’un seul avantage, celui d’être l’ultime construction en bout d’un cul de sac, accolé à la rivière, mais voilà, nos béligérants, ces malfaisants notoires, sont très sportifs, ils ne se laisseront pas arrêter par ce détail, ces obsédés du « sourire kabyle », en profiteraient pour en prime,venir nous tailler les gonades en pointe, alors je dis, non merci.
Bao Tho, avec la détermination qui la caractérise, m’adresse un petit hochement de la tête, elle accèpte, je crois vraiment, qu’une fois vêtue en respectant le style régional, c’est elle, qui sera le moins repérable.
A la dernière minute, je demande à Riton de faire partie de cette ballade, Riton est une « plus value » non négligeable, une assurance, il confère un gros plus à cette ballade, il est le super bonus en ce qui concerne, leur retour en un seul morceau.
A suivre…











