mon sablier s’agite, il trépigne, la poudre fine s’enfuit, de nombreux souvenirs refont surface,
manière de cadavre, qui remonte de son séjour, subaquatique,
lassé d’être colloqué au fond vaseux, putride,répugnant,
d’un étang nauséabond, qui témoigne de la couardise de ce peuple cocardier,
le coq gaulois, s’égosille, les deux pattes plantées dans son tas de fumier familier,
fumier traditionnel, emblématique et numismatique, pour les plus anciens,
je suis revenu dans ce pays, aujourd’hui, je crois que ce fut une erreur,
J’attendais des regrets, je n’en ai jamais entendu l’ombre d’un seul, pas un,
les français sont globalement couards, psychorigides, incultes et arrogants,
depuis mon évasion de cette marche à la mort, début de janvier 1945, tous les jours,
je festoie, je me réjouis, je remercie la providence, d’avoir prolongé mon existence,
d’avoir laissé perdurer ce miracle, ce bail, dont nul n’en connaît le terme exact,
il se profile à l’horizon, quelques instants seulement, avant de signifier le congé définitif,
ce prêt merveilleux, qui nous est accordé, dont la durée est hypothétique,
qui draine une décrépitude inexorable, frisant l’indécence,
ce temps concédé aux êtres vivants, s’enfuit de manière furtive, ne pas le gâcher,
il file, à la manière de larrons, qui lâchement, n’opèrent qu’à la nuit noire,
il m’a permis de réaliser quelques objectifs, chers à mon âme slave,
impossible de rester avec une injustice mal lavée, placardée sur le front,
bien entendu, compenser une monstruosité de cet acabit, perpétrée,
sous les yeux et les regards de tous, tous ceux, qui soi disant ne savaient rien,—-
j’écoute aujourd’hui vos réactions à propos d’un soi disant scandale,
qui n’en est pas un pour son auteur, violeur compulsif, depuis des lustres,
ce patronyme, que tous les média français ânonnent comme une litanie,
ils cherchent l’astuce, qui permettra de dédouaner le coupable,
toute la classe politique le sait, elle se goberge de mensonges, tous savaient!
je vous reconnais, vous êtes les mêmes, même comportement veule,
une bande de veaux, qui ne pensent pas, qui a décidé, qu’il s’agit d’un complot,
veaux, que l’on mène par un anneau, colloqué au bout de leurs naseaux suintants,
ils affirment :
“il ne faut pas montrer son portrait quand il est affublé de menottes”
cette suspicion de complot, fait rire la terre entière, le monde entier se tient les côtes, —-
vous, qui ne m’avez pas regardé, pas aidé, à mon retour d’Auschwitz ?
mon costume rayé, repoussant, puant, ne vous séduisait pas beaucoup,
ma silhouette hurlait, elle témoignait d’un silence assourdissant, de votre collaboration,
pas d’argent, ma famille disparue, pas d’endroit ou dormir, indifférence totale,
la famille Fergelström m’a recueilli à Malmö en Suède, les français, rien,
on en reparle soixante dix ans plus tard, sur ”the History Channel”, anesthésié par l’oubli,
le temps que les générations montantes, ne comprennent plus cette réalité honteuse,
ne puissent pas situer la lâcheté de leurs grands parents, tous résistants, bien entendu !
aujourd’hui, la presse a la larme à l’œil, pensez, un français puissant, richissime!
-mais madame, savez-vous que cela fait quarante ans que ça dure —-
les “frasques” de ce monsieur ?
-et personne ne dit rien, ?
-non, ils ont tous la trouille tricolore, la trouille française,
la trouille Maréchal nous voilà, la résistance équipée de vestes réversibles,
la classe politique passe son temps à se protéger, on ne sait jamais,
-un peu comme le font les médecins ?
-oui, comme le font toutes les mafias, le silence, la règle d’or,“l’Omerta”,
les broyeurs de mots à vendre, les raclures de fonds de commerces,
tous les pisse-copies de Frrrrrance et de Navarre,
la presse écrite s’effondre, en passe de déposer les marteaux,
on ne résiste pas à l’idée d’attirer un auditoire friand de linge sale,
excepté, quand un milliardaire se laisse aller à un caprice, il achète,
l’épouse du susdit, communique avec un torchon, elle y étale ses “sentiments”
sincères, les chaumières vont avoir une grosse larme à l’oeil,
demain, les pendules seront misent à l’heure, le glas se fera entendre,
le grand jury, en ajustera les aiguilles, pour quelques décades
on ne peut pas violer la loi et les personnes, tout le temps que dure une vie, —-
en URSS, j’ai rencontré quelques rares exceptions, des Mensch, de véritables humains,
mes amis, Igor, Leonid, Nicolaï, Sergueï, Vassili, à qui je dois la joie de vivre,
le plaisir de vous invectiver, avant de passer sur l’autre rive, du Rio Grande,
ces officiers de l’armée rouge, disparus aujourd’hui, m’ont accepté parmi eux,
ils m’ont fait une place, comme si nous appartenions à la même famille,
cette période a été composée de moments forts, on ne se demandait pas pourquoi,
il fallait tout faire, tout sacrifier, afin de gagner cette lutte,
tous prêts à y laisser notre vie, afin que les nazis ne dominent pas le monde,
nul ne faisait l’apologie de Staline, ils mouraient debout, sans gémir,
ils ne sont pas restés bien au chaud, blottis au coin du feu,
ils ne chantaient pas “maréchal nous voila” à pleins poumons,
à l’instar de cette majorité de couards passifs, qui retournèrent leurs vestes,
se découvrirent une propension, une attirance soudaine, pour la “résistance”,
dès que l’annonce du débarquement fut répandue dans le pays,
des brassards tricolores artisanaux, se mirent à fleurir de toutes parts,
ils étaient tous devenus des héros, ils voulaient des médailles,
les concierges, ceux là même qui dénonçaient à tour de bras, la trouille au ventre,
les gendarmes, les juges, les fonctionnaires, ceux qui condamnaient les résistants,
se sont mis sans vergogne, à condamner leurs copains collabos, noblesse oblige!
les franchouilles, détestent les américains,
ils ont oublié, ces jeunes gens d’à peine vingt printemps,
qui sont venus mourir sur les plages de Normandie,
mourir, au cours des combats dans les Ardennes,
mourir, sur des plages nippones, ils tombaient bravement, sans larmoyer,
ces jeunes gens, méritent votre respect, votre souvenir,
vos sarcasmes, vos attitudes arrogantes, confirment ce que vous êtes, —-
de Gaulle, celui qui a organisé la « libération de Paris » une scénette filmée, organisée, supervisée par double mètre, il a fallu »trouver » des soldats vraiment « français », ceux qui se sont battus, étaient majoritairement des noirs d’Afrique, de Gaulle, a bâti sa renommée grâce à eux, pour les remercier, il a constitué péniblement, un régiment pour « libérer Paris « , il en a écartés tous les hommes noirs, tous ceux qui ne présentaient pas bien dans le tableau, l’image d’Epinal d’un défilé, tous ceux qui ont combattu en Afrique, en Italie, en Allemagne, aucun d’entre n’a participé au défilé, la couleur locale était le « blanc » !
Paris humilié, Paris occupé, Paris libéré, quel cinéma, au sens propre, Le même genre que les soviets, qui ont libéré Auschwitz, En concoctant une mise en scène digne d’Abel Gance, de Gaulle, voyait en fin le pouvoir arriver, là, devant son nez, a précipité le mouvement, il a voulu « pardonner » à tout le monde, anciens collabos inclus, ils sont revenus aux premières loges, il a amnistié tout le monde, cela lui a permis d’atteindre son but : gouverner, contraint en un premier temps, de reconnaître les FTP-Moï communistes, il détourna l’indemnité réglée par l’Allemagne, destinée aux survivants des camps, il a déclaré : Cela servira à la reconstruction, concernant la France, des survivants, il y en eut très peu, pas même deux pour cent, hébétés, ils ne demandaient rien, ils cherchaient à savoir, s’ils étaient encore de ce monde,ils n’ont rien eu, le peu d’aide reçue, est venue avec le plan Marshall, pas le plan Pétain, les survivants, ça ne compte pas, c’est inattendu —-
les autres, se sont laissés imprégner par une propagande honteuse,
réminiscence de la bible, de l’affaire Dreyfus, tradition cocardière de haine,
il ne faut pas être un humain, pour envoyer toute une ethnie dans des fours,
le temps n’a rien changé, vous êtes identiques, bourrés de préjugés idiots,
certains d’entre vous, ceux qui voyagent, savent quelle est la réputation,
de la Frrrrrance, des français, à l’étranger, des couards,
écrire me réjouis, neutralise certains démons, calme un tantinet ma haine,
une personne que je connais, a conclu que j’ai vécu plusieurs existences,
elle est jeune, impulsive, irréflexion, naïveté de la jeunesse, —-
avant ma déportation, en 1942, j’allais à l’école primaire de mon quartier,
un quartier populaire de Paris, le 13ème, depuis quelques jours déjà,
ma mère, venait de coudre des étoiles jaunes sur tous nos vêtements,
mes copains étaient très agréables, aucun d’entre eux n’a proféré,
de remarque, concernant cet ornement, porteur de mauvais présage,
mes parents, mes deux sœurs, et tous les autres, étaient encore de ce monde,
nous, les enfants, nous ne pouvions pas imaginer la suite des évènements,
dans ma classe, l’instituteur se nommait Mr. Brinon, pétainiste, antisémite, fasciste
je ne me rendais pas compte des tendances très marquées de Brinon,—-
depuis l’école maternelle,
je n’ai pas eu d’autre classement que premier de la classe,
je n’y portait pas attention, c’était comme ça, personne ne me faisait
de compliments, mes parents signaient machinalement le carnet mensuel,
la croix d’honneur, les prix de fin d’année, et tout le reste,
mes parents n’ont jamais formulé le moindre commentaire, négatif ou positif,
les évènements, les ont transformés en êtres fatalistes, eux, ils savaient,
ils ne se sont jamais plaints, ils ne souhaitaient pas nous transmettre d’angoisse,
moi, l’école, la classe ne m’intéressait pas, j’apprenais pour bien faire,
à l’approche de mes dix ans, vint le moment de m’inscrire,
pour le concours d’entrée en 6ème, c’est à dire le lycée,
j’ignorais totalement que je n’en avais plus le droit,
muni du formulaire, je m’approche de Mr Brinon,
pour le lui remettre, afin qu’il fasse suivre à qui de droit,
Brinon me regarde très froidement, je lis de la colère dans son regard,
naïvement, je me demande ce qui peut justifier cette attitude hostile,
il ne dit presque rien, “Ah, tu veux aller au lycée, bien je transmettrai”, —-
après cette demande, de temps à autre, Brinon me faisait venir sur l’estrade,
afin de m’interroger, comme cela se faisait avec tous les élèves,
cette estrade était surélevée, il fallait grimper deux marches,
afin de se hisser au même niveau que l’instituteur,
quand je m’approchais de lui, Brinon, murmurait à voix basse, néanmoins audible,
–”ahhhh, mais quelle sale race! Aaaaah, mais quelle sale race !”–
je refusais de comprendre, je ne voulais pas décrypter ce que j’entendais,
je n’ai jamais osé en parler à qui que ce soit, les élèves des premiers rangs,
entendaient probablement ces remarques, ils ne bronchaient pas,
comprenaient-ils, encore aujourd’hui, un doute persiste,
j’ai pensé à le raconter à mon père, puis, je suis arrivé à la conclusion,
que ce serait inutile, qu’aurait-il pu faire ? Aller voir le directeur ?
nous faire embarquer prématurément par la gestapo française ?
et après ? Après, j’ai attendu en vain le retour du formulaire,
celui qui devait me permettre de passer le concours d’entrée au lycée,
ne le voyant pas revenir, j’ai constaté que les quelques copains
qui s’étaient inscrits, avaient tous reçu le document,
je vais trouver Brinon, je lui demande ce qu’il en est de mon inscription,
il me regarde avec un regard expressif, qui parle comme une condamnation létale,
il m’explique qu’aller au lycée est compliqué, que je serai mieux
avec la classe ouvrière, qu’éventuellement, je pourrai fabriquer des casquettes,
merci encore, monsieur Brinon.
l’année suivante, les gendarmes sont venus nous chercher, tous,
toute la famille, je me souviens du regard du couple des concierges,
qui nous ont regardé longuement, quand nous sommes montés,
dans le fourgon, direction Drancy.
mon père, n’a jamais accepté la présence de l’étoile jaune sur ses revers,
tous les matins, lui, l’artiste peintre, allait chez Citroën,
il y occupait un poste de mécanicien-ajusteur, jamais il n’a dit un mot,
les rouelles, étaient cousues sur les vêtements qu’il ne portait pas,
la gestapo française, venait régulièrement vérifier si elles étaient en place,
ma mère, soprano lyrique, n’ayant plus le droit d’exercer le chant,
passait des heures sur une machine à coudre, puis elle livrait,
son travail, je ne sais ou, pour un couturier collabo, de grand luxe,
ces souvenirs m’oppressent, ils ne s’estompent pas,
les épreuves confèrent une espèce de sens supplémentaire,
un sens très affûté, quand on ne l’écoute pas, on se trompe lourdement. —-